Musique

 

Le Rite Emulation

         

HISTORIQUE DU RITE


Lorsque la Franc Maçonnerie est passée d'opérative à spéculative au terme d'une évolution allant de la fin du XVI au début du XVIII siècle son rituel s'est modelé sur cette évolution.
Ce qu'était notre Rituel primitif ne nous est qu'imparfaitement connu, par les Old Charges et les Early masonic catéchisms pour l'Angleterre et par de nombreuses divulgations antimaçonniques pour la France (la Réception mystérieuse 1837, Catéchisme des Francs Maçons 1744, l'Ordre des Francs Maçons trahis 1744, le sceau rompu 1745 ...).
Ce rituel nous apparaît comme d'une extrême simplicité, ouverture et clôture rituelle, prière initiale et finale, obligation prêtée par le candidat, communication des secrets, agape.

 Là se bornait le Rituel d'origine, celui dont tous les rites maçonniques devaient sortir, puis se ramifier et se diversifier.
Le rituel s'étoffe essentiellement au XVIII siècle après que le grade de Maître ait fait son apparition, (ce grade est d'ailleurs associé à une légende thématique dont l'origine semble être une énigme).
L'un après l'autre les éléments de la Franc Maçonnerie moderne vont s'agglutiner autour du noyau primitif.
Beaucoup de fioritures seront éphémères.
Certaines adjonctions subsisteront.
Cette même époque fut marquée par la rivalité des "antients" et des modernes et qui ne se termine qu'en 1813 par l'Acte d'Union d'où sortit l'actuelle Grande Loge Unie d'Angleterre.
On sait qu'en fait la "réconciliation" des anciens et des modernes fut en réalité, la victoire des anciens qui avaient comme principal grief contre les modernes fut en réalité, la victoire des anciens qui avaient comme principal grief contre les modernes d'avoir laissé tomber en désuétude, des portions du Rituel particulièrement vénérables par leur ancienneté.

C'est ainsi que le Rite est "sorti de l'œuf".
Par crainte des divulgations, mais peut être aussi pour des motifs plus profonds dont l'explication relève de la sociologie, le rituel primitif s'est longtemps transmis par la seule voie orale.
Lorsque la maçonnerie se fit spéculative, cette interdiction d'écrire subsistait, assortie de peines symboliques terribles.
Ainsi s'explique de nos jours encore, l'obligation à ne jamais " … écrire, marquer, buriner, sculpter etc …" les secrets bien que le rituel soit aujourd'hui écrit et même imprimé.
En 1813, une difficulté s'est posée : comment concilier le respect de l'interdiction d'écrire et la nécessité de protéger le rituel contre d'inévitables altérations, de ville en ville, voire de Loge à Loge si ce rituel était soumis aux aléas d'une transmission purement orale ?.
La Grande Loge avait en outre recommandé une parfaite unité dans le travail maçonnique.
Cette difficulté fut résolue grâce à une institution nouvelle : les Loges d'instruction.
La Loge instruction était une loge fictive destinée à faire répéter les cérémonies; tout comme lors des répétitions des pièces de théâtre.
Cette comparaison avec le théâtre ne doit pas être considérée comme péjorative car qu'est-ce qu'une initiation sinon un véritable drame sacré ? le protagoniste essentiel n'est d'ailleurs pas le Vénérable mais l'initié.
C'est à dire le non sens qu'il y aurait à lire le rituel. Qui a compris celà a compris le rite Emulation.

1823 est l'année mémorable qui vit naître l'Emulation Lodge Of Improvement et depuis il n'y eut pas un vendredi où cette Emulation Lodge Of Improvement ne se soit réunie à 18 H précise dans le but de répéter les cérémonies des trois grades symboliques.
Elle est ainsi devenue la référence incontestée du rite Emulation qui en a tiré son nom.
Le rituel fut ensuite conservé dans sa pureté de manière stricte, parfois même ombrageuse, par pure transmission orale et est demeuré, à la virgule près, celui de 1813.
Depuis, un réseau de Loges d'instruction, dont certaines reconnues par l'Emulation Lodge Of Improvement s'est répandu sur le globe et ont survécu jusqu'à nous.

La malédiction archaïque contre qui oserait écrire le rituel ne pouvait survivre dans une société dite "moderne".
Dès le XVIIème siècle Prichard, dans un ouvrage intitulé "la maçonnerie disséquée", divulgua en 1730 les rituels des trois grades.
Ce faisant, il a rendu aux historiens le service de les renseigner sur ce qu'étaient nos cérémonies en son temps mais fut également la providence de certains vénérables desservis par une mauvaise mémoire (ou paresseux …) qui le lurent en cachette.
Ce n'est qu'en 1969, que l'Emulation Lodge Of Improvement finit par céder et publia une version du rituel Emulation, autorisée par elle seule et non par la Grande Loge.

En France, l'histoire de ce rite est inséparable de celle de la G.L.N.F.
D'abord pratiqué par les seules Loges anglophones il fut adopté en 1927 par la Loge Confiance n° 25 et depuis est pratiqué par le tiers environ des Loges de la G.L.N.F. qui eut enfin à son tour ses propres Loges d'instruction.

On peut noter que depuis 1987, la Loge d'instruction de Libération n° 8 à La Rochelle est la seule en France à être affiliée à l'Emulation Loge Of Improvement.

 

SA CONCEPTION PROPRE DE LA FRANC-MACONNERIE

Minoritaire dans notre pays, le rite Emulation étonne le visiteur qui assiste à une de ses tenues pour la première fois. Il n'y retrouve pas un effet des rites qu'il tenait pour essentiels, notamment la purification par les Eléments.

 Si l'on relit les plus vieux rituels Français on ne les y retrouve pas d'avantage.
Ces rites proviennent en effet d'un phénomène capital de l'histoire de la maçonnerie, survenue dans la 2ème partie du XVIII Siècle ; l'adjonction de l'hermétisme.
Plaqué sur le rituel d'origine, lequel était tiré du seul art de construire, il devait être à l'origine de tout l'Ecossisme, RER, REAA.

L'Angleterre traditionaliste et archaïsante est demeurée rétive et l'hermétisme ne se retrouve que dans les "Side degrees".

 Le rituel de base est demeuré jalousement fidèle à l'aspect "opératif" des origines et lorsqu'au XXème siècle ce rituel reviendra en France, les Loges "Emulation" ne feront que le retrouver.

Son passage par l'Angleterre et la mentalité anglaise lui ont insufflé une force qui fait que l'on peut le considérer en quelque sorte comme la colonne dorique du Temple, mais lui ont également insufflé son allergie aux fantaisies imaginatives.

L'hypothèse de René GUENON d'une "tradition primordiale" ignorée de l'histoire scientifique, lui est inconnue ou incompréhensible.

De même, le rite Emulation, s'est dégagé de la vieille conception mythique de l'histoire de l'ordre, grâce notamment aux travaux transmis depuis 1884 par l'illustre Loge "Quatuor Coronati" n° 2076.

Le rite Emulation ne se donne ni pour le continuateur des légendaires Loges de St-Jean, ni pour celui des Templiers, ni moins encore de la Gnose.

Le solide bon sens britannique continue à soutenir le rite Emulation.

Qu'est-ce donc que la Franc Maçonnerie pour le rite Emulation ?

L'erreur fondamentale est de la présenter comme une école de pensée.
Les "travaux" au sens moderne n'existaient pas dans la tradition du XVIIIème siècle.

L'art Royal se place sur une autre longueur d'onde et le Rite Emulation ne fait que rejoindre nos plus anciens prédécesseurs lorsqu'il place le dialogue suivant dans la bouche du Vénérable et d'un candidat au passage.

        - Qu'est-ce que la Franc-Maçonnerie ?
        - un système particulier de morale …

La définition véritable et authentique de l'Ordre, de ses buts et sa signification spirituelle nous a été léguée en ces 2 phases par nos anciens.
Le mot "important" ici est l'adjectif "Particulier"

L'Ordre n'est pas une école de pensée mais une école de morale, une ascèse.

Ce qu'elle offre à l'initié est une technique propre en vue de sa moralisation. Un sujet peut être titulaire des plus hauts diplômes et ne pas être "initiable" ; sa pierre brute ne se transformera jamais en pierre cubique … et restera une pierre poreuse.
En quoi ce système particulier consiste t-il ?
Essentiellement dans une transposition de l'opératif dans le spéculatif. Les rites d'ouverture, de suspension, de reprise, de clôture ont 2 sens : l'un opératif, l'autre ésotérique. De même pour les 2ème et 3ème grandes lumières dès qu'elles reposent complémentairement sur la 1ère , le V.L.S. la plus importante des 3.

Le même double sens est affirmé dans l'explication des outils, du tablier et de la planche tracée.
Le but suprême de cette ascèse est l'édification du Temple de SALOMON, entendons par là celui qui est au plus profond de chaque initié, qui ne travaillera pas à la seule construction d'une œuvre humaine, mais A L.G.D.G.A.D.L.U.

  

ESPRIT DANS LEQUEL IL EST PRATIQUE

 

Il existe sur le rite Emulation beaucoup d'idées reçues : il ne conviendrait pas à la mentalité Française, son obligation de "par cœur" serait propre à en dégoûter les intelligences, sa prédominance du rituel sur les planches, développerait l'esprit du "perroquet" au détriment de la réflexion.

Ce rite dérive d'un rite plus ancien et qui fut le seul pratiqué en France avant que les deux rites écossais y soient connus.
Par sa sobriété grave, il s'apparente, on peut le penser à l'esprit classique le plus Français.

La nécessité de pratiquer le rituel par cœur (plutôt que de "mémoire") ne se justifie plus pour les mêmes raisons qu'autrefois.
Le vrai motif actuel, c'est la profondeur du rituel, et nombreux sont les FF qui en ont fait l'expérience:  plus on l'approfondit, plus on le découvre et dès lors, plus on s'initie.
Un mot peut découvrir brusquement des horizons insoupçonnés.
Celui qui lit son rituel en loge "triche", il ne l'assimilera que superficiellement et il pourra parfois rester profane, quelles que soient les dorures dont il sera recouvert.

La prédominance du rituel sur les planches doit être bien comprise.
Le rite Emulation n'a jamais explicitement interdit les planches mais il professe que le cœur de la maçonnerie est dans son rituel.

Faire prédominer les planches, ne peut se faire qu'aux dépens du rituel et peut amener à initier les candidats par fournée ou conduire à bâcler la cérémonie.

L'utilité des planches selon le rite Emulation semble se situer à un autre niveau : elles sont l'objet de loges spécialisées dites loges de recherche qui, pour mieux remplir leur tache, s'abstiendront d'initier.
L'exemple des "Quatuor Coronati" à Londres et de "Villard de Honnecourt" à Paris est la preuve de la justesse de cette conception.

Un mot enfin du rôle de l'Agape : ce n'est pas un simple repas cordial en amis, pour finir la soirée. Dans la conception Emulation, l'Agape a un caractère rituel et est soudée à la tenue.
De là, son caractère obligatoire, car elle n'est autre chose que la continuation des travaux sous une autre forme.
C'est un nouvel exemple de transposition opérative, les ouvriers qui ont bien travaillé "cassent la croûte" ensemble, il l'ont mérité.
L'ambiance à l'Agape change du tout au tout. Celle d'une Tenue en Loge doit demeurer grave et solennelle ainsi qu'il convient dès que le VSL est ouvert.
A l'Agape rien de tel, l'amitié et la joie peuvent donner libre cours, Agape ne signifiant-il pas Amour Fraternel ?

          

Retour