R.L Loge de Recherche
JOHANN KNAUTH
Cercle Villard de Honnecourt
Consacré le 4 juin 2005 aux fins de développer la réflexion, l’étude et la divulgation de savoir au sein de la Province d’Alsace.
Johann Knauth entend bénéficier de l’expérience de la culture maçonnique des traditions et de la connaissance de la prestigieuse loge de Recherche National de la GLNF Villard de Honnecourt.
Sa vocation est d’être un centre et un Lien entre les maçons réguliers intéressés par les travaux, recherches et spéculations concernant l’ordre.
Soumettre découvertes, thèmes et conclusions à l’examen et à la discussion des frères, de publier les travaux.
Voici le rôle de la R.L de recherche Provinciale Johann Knauth, personnage dont la description va suivre.
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Qui était JOHANN KNAUTH !
Notre Loge de recherche a choisi de prendre comme nom distinctif « Johann Knauth ». Pour beaucoup d’entre-nous, ce nom ne parle pas beaucoup. Pourtant, c’est bien grâce à Johann Knauth que la Cathédrale de Strasbourg ne soit pas un tas de gravats voué aux fouilles des archéologues.
Johann Knauth doit être en effet considéré comme un des plus éminents sauveurs de Notre-Dame de Strasbourg, symbole de l’Alsace en premier chef, depuis le Moyen-Âge jusqu’à nos jours. Les récentes cérémonies de commémoration de la libération en montre un témoignage vivifiant. Et le serment de Koufra eut pris une toute autre figure sans le travail acharné de cet homme au destin particulièrement difficile.
Nous allons entrer dans l’histoire de Johann Knauth.
Knauth naquit à Cologne le 18 décembre 1864. Il travailla très jeune sur le chantier de la cathédrale de sa ville natale, sous les ordres d’un architecte qui le prendra avec lui pour son chantier de Strasbourg. Knauth n’avait aucun diplôme ni de formation spécifique. C’était un pur autodidacte qui appris son métier sur le chantier des cathédrales.
Knauth arriva donc à Strasbourg en janvier 1891 et travailla sur le chantier de la cathédrale en tant que Technicien. Il a 26 ans et il dirige déjà des travaux de réfection importants : le mur sud et la galerie des apôtres.
En 1892, il épouse une alsacienne, Mathilde Holtzmann, avec laquelle il aura deux enfants qui mourront tous les deux lors du 1er conflit mondial.
En 1895, l’architecte Schmitz qui l’avait amené à Strasbourg est remplacé par Ludwig Arntz. Knauth est ensuite nommé en 1898 « Bauführer » (conducteur de travaux). Arntz sera désavoué un peu plus tard, laissant ainsi tout doucement la place à Johann Knauth. Knauth sera nommé en 1905 Münsterbaumeister ; architecte en chef de l’œuvre Notre-Dame. Knauth devient ainsi le successeur d’Erwin et de tous les autres Maîtres d’œuvres. Cette nomination fut fêtée pompeusement par les ouvriers du chantier de la cathédrale, tant Knauth était aimé de ses collègues.
Son premier travail fut d’installer le chauffage dans la cathédrale, mais, d’autres chantiers beaucoup plus urgents l’attendaient :
Tout d’abord, ils entreprit de d’importants travaux, de 1907 à 1911, sur la façade occidentale :
Mais l’œuvre majeure de Knauth sera celle du sauvetage du pilier nord de la tour, celui sur lequel repose la flèche de Notre-Dame
La fragilité de cet endroit était déjà apparue au XVIIème siècle. Il fallait contenir le poids de la tour, 10 000 tonnes de poussées vers le sol. Ce sol de Strasbourg n’était pas bien dur au moment de la construction. On le renforça alors avec des pieux d’orme. L’alternance d’humidité et de contact avec l’air effrita peu à peu ces fondations et, inexorablement, la tour s’enfonçait dans le sol et menaçait d’entraîner avec elle une bonne partie de l’édifice. Fort de ce constat, Knauth décida d’emballer le pilier déficient avec une armature de fer dont les entailles rebouchées sont toujours visibles (environ 650 barres d’acier).
Toute nouvelle technique, mais parfaitement maîtrisée par Knauth, une dalle de béton armé fut coulée sous le pilier nord, qui tenait grâce aux cerclage des barres d’acier. Knauth, parfaitement à l’aise au milieu des ingénieurs en hydraulique, fit placer huit gros crics actionnés par des vérins fonctionnant à l’aide de pompes à main. Millimètre par millimètre, les 10 000 tonnes de la tour se redressèrent d’environ 10 centimètres. Et cela tient toujours, tout en restant sous haute surveillance. Cette remontée reporta une partie de la charge sur le deuxième pilier de la nef, dont on peut constater la déformation. C’est sous ce deuxième pilier que les sculpteurs ont immortalisé un petit personnage à casquette tenant un pieu de bois. Ce personnage fut placé sous l’égide de Maître Pierre, successeur de Maître Knauth, en son hommage car, entrepris dès 1909, ce sauvetage ne fut terminé bien après l’expulsion de Knauth.
Knauth restera célèbre pour ce sauvetage mené, c’est le cas de le dire, magistralement avec des techniques toutes neuves pour l’époque.
On doit également à Johann Knauth la construction du vestibule du côté Nord. De style néo-gothique et commandé par l’empereur Guillaume, ce vestibule ne porte pas l’intérêt des historiens et autres chercheurs de la cathédrale. Pourtant, il enferme de nombreux symboles, notamment au niveau des voûtes. On y retrouve un superbe pentagramme, une fleur de Lys, des roues à 2, 3, 4 et 5 rayons. Au total, si l’on additionne les valeurs que représente chacun de ces symboles (étoile = 5, fleur de lys = 3, etc...) on arrive au chiffre 33, nombre de degré du rite maçonnique pratiqué par l’empereur.
Knauth ne fit pas seulement que son métier autour de la cathédrale. Il participait activement à la vie de la commune. Il a créé le Strassburger Münsterverein, ancêtre de la société des Amis de la Cathédrale. Il a même créé un journal, le Münsterblatt, regroupant les travaux de recherche du Münsterverein.
Il fut un des tout premier souscripteurs pour la création du musée Alsacien. Il fut également un des tous premiers adhérents de l’Association des cités-jardins. Tout ceci pour montrer que Johann Knauth était devenu un authentique Strasbourgeois.
Et ce n’est pas tout. Knauth était également passionné sur les tracés de ses ancêtres et fit des découvertes importantes.
En travaillant sur le gable de la façade occidentale, Knauth étudia particulièrement la forme géométrique de ce double ensemble. Cela lui rappela la forme d’une pyramide, et il décida alors de faire quelques recherches personnelles. Et il trouva de nombreux rapports géométriques entre la cathédrale de Strasbourg et la grande pyramide de Gizeh, Kheops ; notamment dans les rapports de proportions et d’angulations. Knauth consigna ses travaux dans un écrit, difficile d’accès, qui fut publié en 1907 dans la Revue Alsacienne Illustrée.
Comme on peut se rendre compte dans tout ce qui précède, Johann Knauth fut un grand personnage de la Cathédrale, digne de figurer aux côtés de ses illustres prédécesseurs. Pourtant, la fin du passage de Knauth à Strasbourg fut assez lamentable.
La fin du 1er conflit mondial transforma complètement les donnes : l’Alsace était redevenue française et les Allemands y devenaient indésirables. Des milliers de citoyens allemands furent alors expulsés outre-Rhin dès 1919.
Voilà 28 ans que Knauth vit à Strasbourg et 14 ans qu’il est l’architecte en chef des chantiers de Notre-Dame. Knauth veut rester à Strasbourg. Rappelons que son épouse est Alsacienne. Un rapport des autorités françaises mentionne à son sujet : « Vous êtes un boche et votre place n’est pas ici ». On ne le paye même plus.
Knauth en parle au Commissaire Général. Celui-ci constate les travaux de Knauth, tout comme le futur Président du Conseil Alexandre Millerand lui-même qui décide de maintenir Knauth à son poste.
Mais cela se gâte lorsqu’on demande à Knauth de prendre la nationalité française. Celui-ci répond : « Je suis Allemand, mais Allemand correct et je ne puis changer de nationalité comme de chemise ». Et il refusa de changer de nationalité.
Bien que le traité de Versailles prévoyait l’intégration dans la nationalité française des conjoints d’Alsaciens, Knauth ne répond pas à cette possibilité.
Bien qu’il était maintenu sur le chantier, la situation avec ses nouveaux ouvriers n’était pas bonne. La délation et le faux témoignage de nuisance envenime ensuite la situation car on dit que Knauth entretien des relations avec des mouvements anti-français situés en Allemagne.
Un jeune fonctionnaire Parisien, Robert Danis, est nommé Directeur de l’Architecture et des Beaux-Arts. Celui-ci ne comprend pas que l’on ait pu maintenir Knauth en poste et il va précipiter les évènements de destitution.
Un tas d’évènements conduiront les autorités à expulser Johann Knauth en février 1921. Voilà comment on remercia le sauveur de cette splendide merveille qu’est la Cathédrale de Strasbourg.
Knauth s’installe alors dans un village de Forêt-Noire, Gegenbach pas très loin de Strasbourg..
Il ne disposait que de très faibles ressources car la Ville de Strasbourg lui avait privé de sa retraite. Il n’était pas bien vu non plus par ses compatriotes Allemands, car il avait sauvé un édifice pour les Français.
Knauth rendit son âme dans la misère le 8 février 1924, âgé d’à peine 60 ans. Sa veuve mentionna qu’il était mort de chagrin. Il est enterré au cimetière d’Offenbourg.
Comme dit en préambule, c’est grâce à Johann Knauth que nous pouvons encore visiter de nos jours Notre Dame de Strasbourg. Maintenant que les armes se sont tues entre les deux pays et que la paix y règne, il est grand temps de réhabiliter cet homme prestigieux.
Reconnaissant l’œuvre de Knauth, Pierre Pfimlin, Maire de Strasbourg, donna le nom de Johann Knauth à une rue du quartier des XV.
Par son titre distinctif de « Johann KNAUTH », notre nouvelle loge de recherche provinciale reconnaît ainsi cet infatigable chercheur et permet ainsi aux Frères de lui rendre l’hommage qu’il mérite pour toute son œuvre.