FRANC-MACONNERIE. -- Pour la première fois, la GLNF a ouvert ses portes au public. Visite guidée
Les francs-maçons se dévoilent un peu
Dominique Richard
Sur les quais, à quelques centaines de mètres de là, des dizaines de milliers de personnes déambulent le regard accroché par les trois-mâts qui mouillent dans le port de la Lune. L'événement n'est pas forcément là où on l'imagine.
Au 9 de la rue Borie, la monumentale porte métallique ornée d'une équerre s'est effacée, samedi dernier, devant les profanes. Dans le courant de l'après-midi, ils seront 200 à franchir le pas et à s'engouffrer dans cet immeuble de pierre à la façade aveugle. 200 ce n'est rien comparé aux mouvements de foule de la Fête du fleuve toute proche. Mais pour les francs-maçons de la Grande Loge nationale française (GLNF), la deuxième obédience française après le Grand Orient, 200 c'est presque inimaginable. Pour la première fois, les mystérieux frères des Chartrons ont décidé d'abaisser leur pont levis. Et d'apparaître en pleine lumière. Cela n'a pas l'air d'embarrasser l'ancien conseiller municipal de Bordeaux, le truculent Henri Pons, qui accueille les visiteurs en blaguant.
Inédite, cette opération portes ouvertes n'a pas été sans susciter
quelques vagues parmi les tabliers. Pour éviter de froisser des susceptibilités, elle n'a pas fait l'objet d'une publicité tapageuse (1). Le bouche-à-oreille, assorti d'un discret communiqué, a suffi à saturer le planning. A l'entrée, les curieux font presque la queue.
Symboles. Le 9 de la rue Borie est le vaisseau amiral de la province Guyenne et Gascogne. Forte de 1 300 membres, elle rayonne sur quatre départements aquitains et rassemble 52 loges. Dans la salle du rez-de-chaussée, vouée aux agapes, les visiteurs ingurgitent rapidement ces premiers rudiments. Le frère préposé aux généralités a manifestement peaufiné quelques phrases choc : « Vous voulez parlez de politique, vous serez déçu... Ici, on cultive le symbole... Si aujourd'hui on vous accueille, c'est pour couper l'herbe sous le pied à ceux qui disent que nous sommes des affairistes. »
Manifestement, la GLNF, qui reconnaît l'existence de Dieu, « le grand architecte de l'univers », souhaite capitaliser sur le côté ésotérique des pratiques maçonnes.
L'équerre, le compas, la truelle, le maillet... La bibliothèque de la rue Borie regorge d'ouvrages dédiés aux symboles maçonniques. Difficile pourtant de comprendre, au prime abord, comment ces instruments peuvent susciter l'intense réflexion dont se prévalent les frères, au point de les bonifier et les rendre à l'extérieur des murs plus attentifs aux autres. Difficile aussi de saisir l'intérêt de cette liturgie par laquelle transite la parole lors des assemblées. Au point souvent de constituer la quintessence même du cheminement intellectuel. Tout est dans les phrases et dans leur interprétation » insiste Alain Cano, grand maître de la province Guyenne et Gascogne.
Ouverture. Les colonnes, la Bible sur le bureau du vénérable, le petit banc capitonné où s'agenouillent les impétrants, la verge en bois tendue vers la voûte céleste, le duo des pierres, brute et taillée, le dallage noir et blanc qui incarne la dualité entre le matériel et le spirituel, le cabinet de réflexion où les futurs initiés passent plusieurs heures en tête à tête avec eux-mêmes... Le décorum des deux temples, la signification de ces objets en apparence anodins qui leur donnent du sens, aiguisent à n'en plus finir la curiosité des visiteurs. A l'évidence, certains d'entre eux paraissent en phase avec ce regain de spiritualité que les maçons perçoivent dans une société civile déboussolée par la chute des idéologies.
Mais quid de cette parité interdite, de ce culte étrange du secret qui interdit aux maçons de citer publiquement les noms de leurs frères et de ce devoir de solidarité qui déborde parfois dans les prétoires des tribunaux ? Proviseur d'un collège difficile de la rive droite, Alain Cano n'a pas l'habitude de se payer de mots. Devant
l'auditoire, il n'élude aucune question. « Ces éclaboussures ont été salutaires. Il fallait les dénoncer. Un homme court toujours le risque d'être attiré par le pouvoir et les vanités. L'assistance entre maçons ne peut s'exercer que dans l'honneur. »
Jurisprudence. Un étage en dessous, la conversation rebondit sans autre forme de procès autour des tables où, après le travail en atelier, les maçons se restaurent et boivent souvent quelques canons de poudre forte (NDLR : verres de vin). « Désormais, chaque fois qu'un membre de la loge est mis en cause dans une procédure, il est suspendu », raconte un pilier de la loge. A ses côtés, un familier des marchés publics évoque librement sa jurisprudence personnelle : « A qualité égale, entre deux candidats, on choisit le maçon. Mais à qualité égale seulement !
(1) La GLNF n'a pas souhaité la présence de photographes lors de la journée portes ouvertes.
« L'assistance entre maçons ne peut s'exercer que dans l'honneur. »
http://www.sudouest.com/printartiele.asp?RepBase./010707/&Artiele=300607a27839 04/07/2007
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